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“On veut produire pour le marché pas bon marché” |
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L'Apli Bretagne avait invité deux éleveurs suisses témoigner de la libéralisation des quotas dans leur pays. Avec ce qu'ils ont connu, ils montrent peu de confiance dans le système de contractualisa-tion proposé en France. Le 17 mai, ils étaient à Val-d'Izé, près de Vitré. |
Patrick Demont et Alexandre Delisle sont éleveurs laitiers dans le canton de Vaud, près de Lausanne. Le premier a misé sur la génétique, avec un niveau d'étable à 11 000 kg, mais il avoue mener une réflexion pour réduire le niveau de production donc les coûts. Le second a déjà commencé avec ses 25 vaches à 8 500 kg de moyenne. Comme pour les 27 000 producteurs suisses -“Nous étions 38 000 en 2000 !”- leurs coûts de production avoisinent les 70 ct par litre de lait produit. L'alimentation, les charges de structures et l'autofinancement plombent les revenus des producteurs, bien que Suisses.
La libéralisation des quotas,
au bénéfice de certains
Pour ces membres du syndicat Uniterre, la cause principale de l'inadéquation du prix d'achat de leur lait avec leurs coûts de production découle d'une annonce de 2003 : “La fin des quotas pour 2009 !” La phase d'adaptation qui a suivi, de 2006 à 2009, “a inclus dans les textes le fait de produire pour l'exportation”. Résultat, la production a augmenté, les prix ont baissé.
Tout le monde n'y a pas perdu, selon eux. “Libéraliser le contingentement à créer des millionnaires. Des agriculteurs rachetaient des vaches et des quotas [avant 2009] qu'ils revendaient ensuite à prix d'or. Ils ne conservaient qu'une ou deux vaches à 10 000 kg pour augmenter leur production et vendaient jusqu'à 500 000 litres aux industriels ! Chez nous, c'est énorme. Est-ce que c'est cela produire pour un marché ? Non, c'est produire bon marché !”
La Suisse produit 3,3 milliards de litres de lait, 107 % en surproduction. “Nous ne sommes pas la France, on ne nous entend pas au niveau européen.” Patrick Demont et Alexandre Delisle se retrouvent dans le combat de l'Apli et de l'EMB. En Suisse, la disparition des quotas a mené à la création de deux organisations de producteurs. “D'un côté, il y a les éleveurs proches des industriels. De l'autre, un pool qui travaille à une maîtrise de la production.” Reste que chez nos voisins helvètes, l'organisation diffère du système français. Selon les cantons, les producteurs s'organisent autrement, avec des spécificités (production de beurre, etc.). Surtout, deux géants, les groupes Migros et Coop, détiennent des parts dans chacun des maillons de la chaîne, de la production -“des usines à lait”- à la vente en passant par la transformation. “Migros se ferait 34 % de marges sur le lait !”
Bien que les modèles suisses et français soient différents, Patrick Demont et Alexandre Delisle portent les mêmes jugements entendus ici : “Il faudrait savoir si les industriels veulent produire pour les besoins ou pour baisser les prix. Il n'y a que les agriculteurs pour aller travailler à l'extérieur afin de ramener de l'argent et sauver leur métier… Ce n'est pas normal !” |

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Frédéric Gérard |
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04/06/2010 |
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