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Article Du blé au pain, une filière de proximité
L’initiative est rare : un agriculteur, un meunier et un boulanger ont constitué une mini filière locale sur un rayon de moins de dix kilomètres, au Louroux-Béconnais. Objectif : proposer du pain d’origine 100 % locale
Philippe Le Pape avait un vieux rêve,: fabriquer du pain en respectant le plus scrupuleusement possible les valeurs d’authenticité. Quand il a créé sa boulangerie l’an dernier, c’est toute la filière qu’il a tenté de construire. “Ça faisait partie de mon cahier des charges, le fournil à l’ancienne. Il faut que les gens aient confiance en entrant ici, qu’ils sachent que tout est authentique”. Il a donc frappé à la porte des paysans bio du coin. Fabien Leprêtre venait de s’installer sur l’exploitation de ses parents. Les exigences étaient pointues, il fallait proposer certains blés de variétés anciennes. Il s’est donc mis en relation avec un spécialiste, Florent Mercier, paysan à Bouchemaine. Aujourd’hui, sur les 20 hectares de céréales qu’il produit, deux servent à la farine du pain de Philippe Le Pape.
Mais comment transformer ce blé localement ? Une opportunité inattendue s’est présentée au jeune boulanger : Benoît Chevillard, éleveur de volailles fermières sur la même commune, venait de racheter une minoterie presque centenaire, qui venait de s’arrêter pour raisons économiques. “Je l’avais achetée essentiellement pour stocker mes céréales dans les cellules, mais je me servais aussi du moulin à cylindres pour moudre de la farine pour deux boulangers et j’avais acheté un petit moulin à meule, pour la farine bio”.
Consolider les bases
Et voilà la filière constituée. Philippe Le Pape a ouvert son fournil en septembre 2009, dans ce coin de campagne perdu, entre Le Louroux-Béconnais, Villemoisan et La Cornuaille. “On est à l’opposé de la massification et des oligopoles. Avec cett­­­e filière de proximité, on propose des pains à coût réduit, on garde des prix abordables à 2 euros les 500 grammes.” Mais il reste encore du travail pour consolider les bases. Ainsi, la production de blé panifiable reste marginale pour Fabien Leprêtre : 3 à 4 tonnes de blé, soit 2 ha, dont 70 m linéaires de variétés anciennes. Benoît Chevillard, lui, ne dégage pas de revenu conséquent de son activité de meunerie. Il a un droit à produire de 35 t/an, mais n’en produit que 12, pour l’instant. “Je vais essayer d’atteindre mon quota, et là, je saurai si c’est rentable ou non.” Il commence aussi à vendre de la farine aux particuliers, sur le site, une fois par mois.
Les pains de Philippe Le Pape sont écoulés en vente directe au fournil deux fois par semaine, mais aussi dans les réseaux Biocoop et les différentes boutiques bio de l’Ouest du département. Des pains “qui se conservent, qui ont du goût, une vraie texture, et riches d’un point de vue nutritionnel”. Pain complet bio, au petit épeautre, au seigle ancien ou aux quatre farines, il s’agit de retrouver des saveurs anciennes. Philippe Le Pape en vend 300 kilos par semaine, il faudrait atteindre 400 kilos pour dégager un salaire correct, estime-t-il. Alors il cherche de nouveaux débouchés : développer un point relais une fois par semaine ou se tourner vers les Amap. Et communiquer en organisant des portes ouvertes. “L’idée, c’est de montrer aux consommateurs qu’on peut acheter un produit fabriqué entièrement au plus proche de chez eux. On réinvente quelque chose qu’il y avait autrefois, il y a 50 ans !”

A noter a La ferme de Fabien Leprêtre (EARL Le Pré, 02 41 77 40 45), la minoterie de Benoît Chevillard (02 41 92 73 93) et le fournil de Philippe le Pape (La Milandrie, 02 41 86 89 01) ouvrent leurs portes au public le 13 juin, de 13 h à 18 h 30. La minoterie les Moulins salés proposera une exposition sur son histoire centenaire. La SARL croix (restauration de moulins à eau et à vent, 02 41 92 02 43) ouvrira aussi ses portes.

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Auteur Antoine Humeau Date 04/06/2010
N° 1451
antoine.humeau@aveniragricole.net


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