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Article FCO,ESB,grippe aviaire, virus de la mondialisation
Les virus de ces dernières années se sont surtout étendus parce que le commerce mondial s’est étendu, analyse François Moutou de l’Afssa. Fatalement, on en verra encore plus.
La fièvre catarrhale ovine respecte une relative trève hivernale. En 2006, “tout le monde avait misé sur l’hiver” pour se débarrasser de la maladie, mais plus personne n’y croit aujourd’hui. Car si le premier moucheron venait probablement d’Afrique, ce sont maintenant des moucherons bien de chez nous qui transmettent le virus. “Plus de 80 espèces de culicoides existent en France” explique François Moutou, épidémiologiste à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Le vaccin pour lutter contre ce sérotype 8 est en cours de création, mais on trouve aussi du sérotype 2 en Corse, du sérotype 1 au Pays Basque. Il en existe 24 en tout, chacun nécessitant un vaccin différent. “On n’aura pas que du 8 qui circulera en France.” La question des stratégies vaccinales se posera, et plus probablement, “il faudra vivre avec la FCO” (comme c’est déjà le cas ailleurs dans le monde). “Elle est là pour longtemps.”
“La vache folle c’est les Anglais, la grippe aviaire les oiseaux sauvages”
“On va avoir de plus en plus l’émergence de maladies exotiques dans nos pays” constate le scientifique. La FCO vient d’Afrique. Le moucheron, vecteur habituel, n’étant pas présent naturellement au nord du 40e parallèle, on l’a forcément “amené” au Bénélux d’où est partie l’épizootie de sérotype 8. On ne sait pas si le virus est arrivé avec un animal exotique transporté dans un zoo, ou avec un insecte dans un marché aux fleurs. Quoiqu’il en soit, cela met en évidence la cause première de l’expansion de ces maladies : la mondialisation. François Moutou l’a expliqué dans un livre sorti l’an dernier, La vengeance de la civette masquée. La civette masquée est un mets de choix en Chine. Cet animal sauvage a été vite accusé de diffuser le SRAS. “On a découvert que les Chinois avaient monté des élevages quasi industriels de civettes. Ils ont créé les conditions favorables à la propagation du virus.”
Dans toutes ces crises, “cela me gênait de voir qu’on accuse toujours les autres. La vache folle, c’est les Anglais. La grippe aviaire, c’est les oiseaux sauvages. On ne se remet jamais en question. L’expérience montre que cela est trop manichéen”. De fait, les boucs émissaires ont bon dos. La réalité tient plus d’un faisceau de pratiques, inscrites dans le système mondialisé.
“Est-il nécessaire d’avoir autant d’échanges ?”
Pour la grippe aviaire, “on a hurlé sur les migrateurs. Mais on n’a jamais mis en évidence de H5N1 hautement pathogène sur des oiseaux sauvages en bonne santé. Rien ne prouve donc qu’ils en soient le vecteur entre continents, ce qui n’exclue pas un rôle de transmission local. On a surtout constaté que le développement du virus suivait le Transsibérien.” Et la maladie a touché le Nigéria en hiver, quand il n’y a aucune migration. On a découvert que les poulaillers avaient été montés par des investisseurs chinois...
La fièvre aphteuse ? Elle est probablement arrivée en Angleterre par des restes de cuisine d’un bateau distribués en eaux grasses à des cochons. “Il y a eu des défaillances à tous les niveaux. Le produit d’origine n’a pas été contrôlé. Est-ce que c’est parce que cela a été caché ou parce qu’il n’y a personne pour contrôler ? On sait que le service public anglais a été fortement réduit. Qui est responsable ? C’est partagé.” Le traitement thermique des eaux grasses est prévu, oui, mais le cuiseur était en panne depuis longtemps. L’éleveur n’a pas repéré ses cochons malades. La transmission vers les moutons s’est faite par voie respiratoire. En France, un négociant a importé des animaux malades. Mais, “certaines bêtes avaient changé cinq fois de propriétaire en quinze jours (au moins sur le papier).” Avec autant de mouvements, le virus n’a pu que se propager vite. Et le vétérinaire de rappeler au passage que ce qu’on voit comme des “contraintes” sanitaires représente surtout une sécurité pour toute la filière.
Bref, on vit dans un système où le commerce s’est multiplié. “On est pour, on est contre, de toutes façons, on est dedans”, mais on peut se demander “s’il est nécessaire d’avoir autant d’échanges. Est-ce que pour l’intérêt d’un seul vendeur et d’un acheteur, on va mettre en péril l’intérêt général ?” Toute la difficulté est de “réfléchir tous ensemble” (politiques, éleveurs, commerçants, organisations).
Bientôt la peste porcine africaine ?
C’est sûrement un vœu pieux à l’échelle mondiale, tant les instabilités politiques sont importantes. En Europe, on dispose des moyens techniques et économiques pour contrôler et se débarrasser de maladies. On a pu maîtriser le chikungunya qui était monté jusqu’en Italie. François Moutou rappelle aussi que “le paludisme était encore présent en Europe jusqu’à la moitié du XXe siècle”.
Mais le commerce ou le trafic vers ou à partir de zones en turbulences ne pourront jamais être maîtrisés. Ainsi, la peste porcine africaine est arrivée en Géorgie puis s’est répandue dans tout le Caucase jusqu’en Tchétchénie. Un motif d’inquiétude, au dire du spécialiste.
Seul réconfort, François Moutou relativise en rappelant que pour l’instant, l’influenza aviaire n’a tué que 200 personnes, sur six milliards d’habitants en 6 ans. Chaque année, la grippe en France fait plus de ravages.


La vengeance de la civette masquée, François Moutou, éditions Le Pommier. 22€

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Auteur Rémi Hagel Date 28/03/2008
N° 1341


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