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Les plantes médicinales à Chemillé |
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La région de Chemillé, en plein cœur des Mauges (Maine-et-Loire) est le premier pôle français de production de plantes médicinales. Plus de 60 espèces cultivées sur environ 600 hectares, une vingtaine d’entreprises de production, de transformation et de négoce emploient plus de 200 personnes. |
Comment Chemillé est-elle devenue la capitale des plantes médicinales ? Un peu par hasard.?Ou plutôt, grâce à une conjonction d’événements.?En 1842, un dénommé Pierre-Aimé Godillon, à Saint-Lambert-du-Lattay, petit village situé à quelques kilomètres de là, créé un « groupe de plantes médicinales » pour assurer du travail et un complément de revenus aux vieillards et aux femmes de la commune.?Cinquante ans plus tard, alors que le phylloxera détruit le vignoble du Chemillois, bon nombre de vignerons se mettent à cueillir des plantes sauvages.?Puis, des récoltants plus audacieux les travaillent avant de les vendre à des herboristes, et créent quelques boutiques. Un châtelain de Chanzeaux, tout près d’ici, a déjà introduit la camomille romaine dans le parc de son château.?La production occupe alors plusieurs centaines d’hectares sur une dizaine de communes.?Les cultures s’étendent peu à peu au fil des années et des décennies.?
De nombreux petits exploitants vendent de la menthe à quatre ou cinq grandes familles de producteurs et négociants, qui deviennent rapidement importateurs.?Chemillé assoit sa réputation.?
Les plantes médicinales deviennent peu à peu une véritable aubaine pour les exploitants.?On utilise la camomille pour les apéritifs, puis les parfums et les tisanes. Les débouchés se multiplient, les cours flambent. « Les prix, multipliés par cinq, m’ont permis de payer ma maison », se souvient Emile Martineau, ancien agriculteur à Chanzeaux, aujourd’hui retraité.?En 1958, ce sont les grands débuts de la recherche, avec notamment la Faculté
de pharmacie d’Angers.?On compte 1 200 producteurs, soit environ 120 à 150 tonnes de camomille.?
A la fin des années soixante, Emile Martineau n’a que 28 ans. Il n’est pas encore président de la Fédération nationale des producteurs de plantes médicinales, mais déjà très actif.?Recherchant de nouveaux débouchés, il se rend à Paris proposer à un laboratoire sa Digitale Lanata (laineuse).?De cette fleur, on ex-trait la digitaline, efficace pour soigner le cœur.?Mais on ne la trouve pas à l’état sauvage.?Le labo est intéressé, la production s’organise.?Dix tonnes la première année, puis 40 dix ans plus tard.?
Émile Martineau ne met pas tous ses œufs dans le même panier.?Parmi les 800 plantes dont les labos ont besoin, il peut leur en proposer 300. « Je gagnais ma vie sur les toutes petites espèces, des produits moins concurrencés. J’avais par exemple des petites bandes de Lobelie inflata (enflée) et je pouvais me faire rien qu’avec cela 10 000 francs de bénéfice net », raconte le spécialiste qui dit être parti de rien. « L’intérêt était d’aller découvrir les plantes à partir des photos du Nathan qui me servait de bréviaire.?Tous les dimanches, on allait se promener avec ma mère, à la recherche de plantes.?Toutes les plantes me rapportaient de l’argent, car je gagnais ma vie en accompagnant le marché. » Il y a la racine de Bardane, dont il récupère les graines pour multiplier les plants.?Il y a aussi le Mélilot et le Milleperthuis, dont il récupère les premiers kilos dans une carrière de Doué-la-Fontaine avant de les multiplier.?Mais « les plus rentables, c’était encore les plantes sauvages ».?Un peu partout autour de Chemillé, on fait son beurre avec les plantes médicinales, et on embauche les gamins pour la récolte.?
Mais voilà que cette prospérité peu à peu s’essouffle, jusqu’à s’épuiser.?La camomille romaine, produit phare, subit des crises successives dans les années soixante et soixante-dix.?Alors que les techniques de production s’améliorent, le nombre de producteurs commence à chuter. La production des plantes médicinale commence à décliner au début des années quatre-vingts.?Les tentatives de création de coopératives se soldent par des échecs, et pour couronner le tout, les entreprises de négoces qui conditionnaient certains produits en gélules, sont l’une après l’autre traduites devant les tribunaux pour exercice illégal d’activité pharmaceutique.?
Pour autant, l’activité continue et Chemillé conforte sa position de capitale.?Émile Martineau y fonde l’Organisation nationale interprofessionnelle des plantes aromatiques et médicinales (Onipam). Les producteurs créent en 1976 un jardin des plantes médicinales et aromatiques.?En 1985, arrive le siège national de l’Institut interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles (Iteipmai), chargé de vérifier la qualité des plantes et leur compétitivité.?Émile Martineau, toujours actif, crée la SARL Promoplantes (plantes pour l’homéopathie).?
Preuve d’un dynamisme encore bien présent, il y a un an et demi, l’association Phytolia a vu le jour pour fédérer la filière plantes sur le Grand-Ouest, et raviver l’esprit de la filière en créant des liens de l’agriculture à la transformation finale (pharmacie, cosmétique, nutraceutique ou alimentation animale).?Dernier projet en date, Camifolia, parc botanique à vocation touristique, qui remplacera le Jardin des plantes médicinales.?Ouverture prévue en mai prochain (lire ci-contre).?
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Antoine Humeau |
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16/11/2007 |
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