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Mayenne - 20-09-2013 - Rémi Hagel

Une vie pour un cirque au bout des doigts

PORTRAIT

A Saint Michel de Feins (Mayenne), Yannick Le Bihan termine une maquette de cirque au 1/24e. Une oeuvre colossale entamée il y a 25 ans. Ce retraité est tellement passionné qu'il travaille bénévolement dans les grands cirques de France.

Si tout va bien, d’ici l’été prochain les curieux pourront admirer le cirque construit patiemment par Yannick Le Bihan. Un plateau de 10 m x 6m où seront exposés une soixantaine de convois, réalisés de toute pièce au 1/24e. “Les maquettes qu’on voit d’habitude sont plus petites. Là, j’ai l’impression d’être devant un vrai cirque”. Cigare au bec, il découpe des goulottes électriques, dont le plastique de 2,2 mm d’épaisseur est idéal à travailler. Il ne lui reste plus “que” quatre camions à construire, ainsi que le chapiteau et ses gradins. Cela demandera encore du temps : “Vous voyez cette petite rampe, j’y ai passé l’après-midi”. Du temps, oui, mais cette obsession du détail ne manquera pas d’émerveiller le visiteur. Chaque remorque est meublée. On y découvre la vie du cirque, ses coulisses. La ménagerie avec les animaux sauvages est en bonne place, mais dans un cirque, on trouve aussi un véhicule avec l’école pour les enfants (comme au cirque Medrano), une buanderie (comme La Piste aux Etoiles), des chambres (deux lits superposés par chambre, cinq chambres par semi-remorque, comme au cirque Amar), des plateaux pour le foin (“un éléphant, ça mange un round baller par jour. On ne se rend pas compte de la logistique d’un cirque”), etc. On se régalera encore au bar où Yannick Le Bihan a reconstitué la friteuse, la barbapapa et les pop-corn ! Ces maquettes sont un témoignage précieux sur le monde du cirque.


Des coups de bâton pour sa passion

Son cirque miniature, qu’il a baptisé Kyanni, s’inspire de tous ces grands cirques réels. Des cirques qu’il connaît de l’intérieur, puisqu’il les fréquente bénévolement. Encore­ plus que la maquette, son véritable amour, c’est le cirque.

La passion, ça vous prend, ça ne s’explique pas. “J’ai grandi à Port-Louis, près de Lorient­. Dès mes 8 ans, j’étais fasciné par le cirque, ce truc fantastique qui arrive le matin sur la place, et qui a disparu dès le lendemain. Un village qui se construit et s’envole aussi vite. Gamins, on donnait un coup de main au montage en échange d’une place gratuite. A la fin, on ne l’avait pas, on se faisait rouler, mais ça faisait partie du jeu”. Alors, il se faufilait sous la toile du chapiteau pour resquiller. “Parfois, on se prenait des coups de bâton...”


Mieux que le zoo de Vincennes

“Ce sont les numéros de fauves qui m’ont toujours le plus fasciné. Nous n’avions pas le zoo de Vincennes. Les cirques m’ont fait découvrir les lions et les tigres. Un jour, j’ai cassé ma tirelire pour me payer une chaise en loge au cirque Bouglione”. Une vraie passion, d’autant plus dure à assumer que “mes parents n’aimaient pas ça. Ils les appelaient les ‘voleurs de poules’”.


Puis Yannick Le Bihan a passé sa carrière en région parisienne, chez France Télécom, notamment au parc-expo du Bourget (“un salon de l’aviation, c’était 3000 lignes, 100 km de câbles, 3 mois de préparation non-stop”). A l’été 1999, avec sa femme, ils sont partis passer plusieurs semaines dans le cirque de Désiré Rech (celui des chimpanzés de la pub pour Omo Micro). La passion du gosse était toujours là. Les années suivantes, ils sont allés chez William Brandt, puis le jeune retraité a continué au cirque Amar. “Ma femme a arrêté, elle en avait marre de dormir entre les crottes de chameaux et le groupe électrogène” rigole-t-il. Il y allait quelques semaines, en été ou à l’automne. “Je participais au montage, au démontage, je me rendais utile”. Sur place, ce n’est pas une sinécure. “C’est un métier très dur. En été, le cirque roule la nuit, arrive en ville à 7h30. Il faut monter les écuries pour libérer les bêtes, mettre en place les convois, monter le chapiteau,puis les gradins. Le soir, après la représentation, on démonte et on repart. Les gars se couchent à 3h et se relèvent à 5h30”. Le reste de l’année, le rythme est moins rapide, avec deux villes par semaine, voire une seule grosse ville. “Au cirque Amar, même les musiciens de l’orchestre participent. Ils montent les loges, la façade. Dans les cirques, ils disent : “Y a pas de feignant”. C’est un travail physique, ils prennent des risques énormes”. Un musicien ne peut pas se couper un doigt...


Un milieu difficile

Amoureux de cet univers, Yannick Le Bihan n’en décrit pas moins une réalité dure. Peu de Français sont prêts à travailler dans ces conditions. “Les trois quarts étaient Polonais, et aujourd’hui, ce sont des Moldaves”. Ainsi au milieu de la centaine de personnes du cirque Amar, s’activent deux retraités, dont notre Mayennais d’adoption. Mais “cela reste difficile de se faire accepter par les gens du cirque”. D’autant plus quand ils parlent moldave...

“Mon rêve était d’entrer dans une cage du tigre”. Yannick ne l’aura pas fait, mais avec sa maquette, il parviendra sûrement à partager son rêve d’enfant émerveillé, et qui sait, à susciter des vocations ?


Rémi Hagel


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