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Mayenne - 31-05-2013 - FG

41 ans d’enseignement entamés à la plonge

En juin, Gilbert Gobé espère faire valoir ses droits à la retraite. Ce formateur a passé la quasi-totalité de sa carrière à la MFR (maison familiale rurale) de Saint-Berthevin. Il en est “la mémoire”...

"C’est dans les MFR que j’ai appris à tapisser. Dans mon premier contrat de travail, il était inclus que je m’occupe aussi de l’entretien des locaux. La première chose que je me rappelle d’ailleurs avoir faite en arrivant à Saint-Berthevin, c’est la vaisselle.” Gilbert Gobé a commencé sa longue carrière dans les Maison familiales en 1972, à Saint-Senier-sous-Avranches, dans la Manche. En 1974, il arrive à la MFR de Saint-Berthevin, près de Laval. C’est bien en tant que moniteur (formateur) qu’il est engagé. La politique de la maison était alors de disposer de plus de personnel par groupe d’élèves, que dans la plupart des MFR, pour animer la vie résidentielle. En contrepartie, la polyvalence prévalait ; “seuls le secrétariat et la cuisine étaient des tâches spécialisées” - “Aujourd’hui, on a un professionnel de l’animation pour organiser les levers et les veillées”, auxquels participent toujours les formateurs.


Moniteur multicartes

“Refaire les peintures extérieures”, “monter des échafaudages”, “tondre la pelouse” voire “laver les vitres”, ces tâches diverses conféraient aux formateurs une certaine sympathie : “C’était bien perçu des jeunes qui (dans les MFR) doivent participer à l’entretien des espaces communs (cages d’escaliers, etc.)”.

Pendant une période, “nous avions aussi des actions plus larges, hors de l’établissement, poursuit Gilbert Gobé. On allait chercher les jeunes dans les cours d’exploitations.” (La MFR n’avait alors pas les 210 inscrits actuels, et est même descendue à une cinquantaine).

Cette polyvalence se retrouve jusque dans les matières qu’il a dispensées - c’est le fonctionnement du réseau. Aujourd’hui, il est en charge de la zootechnie et du sport, mais a aussi parlé biologie. Ou encore, histoire-géographie : “Jusque dans les années quatre-vingt, ce n’était pas du niveau bac, plutôt de l’initiation. L’important, c’était de faire comprendre aux jeunes pourquoi on en est arrivé là, pourquoi l’Union européenne existe, etc.” Ainsi, depuis 20 ans, il accompagne tous les ans un groupe au Mémorial de Caen. “On visite aussi le cimetière allemand… Je trouve ça important.”

Ce fils d’ouvrier agricole se prédestinait plus à l’insémination qu’à l’enseignement Mais lors d’un stage qui avait lieu dans une MFR, il est séduit par l’accompagnement des élèves, la gestion du groupe, l’adhésion au centre de formation. A vingt ans, Gilbert Gobé se retrouve ainsi pour la première fois devant une classe, dont les plus vieux n’ont que trois ans de moins que lui. Depuis, l’écart s’est fait plus important. Les grands-parents des jeunes n’ont désormais parfois même pas connu la Seconde Guerre mondiale…

En quatre décennies, l’origine du public s’est aussi étendue, est plus variée. Le métier a peu à peu changé. Car la société a changé, et les jeunes avec. “Et tant mieux !” réagit le futur retraité, qui ne retient pas que les mauvais aspects des évolutions, telle “la notion de respect individuel”. “L’adulte doit toujours être respecté, mais il ne fait plus peur. C’est bien aussi, parce que les jeunes d’aujourd’hui osent davantage venir vers nous.”


Malgré la technologie, “un jeune reste un jeune”

Les nouvelles technologies de la communication sont également entrées dans les mœurs avec fracas. “Les élèves savent tous aujourd’hui faire une recherche informatique. Mais il y a une différence entre savoir effectuer la recherche et savoir si la réponse semble correcte. Il faut encore leur enseigner la façon de comprendre si c’est bien ce qu’ils cherchaient.” Les accompagnateurs tiennent donc encore leur place, même si la pratique quotidienne des nouvelles technologies “a modifié la notion de pédagogie”, observe le moniteur, du haut de sa longue expérience. “On doit aller plus vite, aller à l’essentiel, car les jeunes sont saturés d’informations en tout genre, et changer de rythme, organiser un cours en trois temps, pour pouvoir maintenir l’attention.” L’attitude en groupe est aussi différente, et avec le temps, fanfaronner, “décrocher” ou “papillonner” d’une table à l’autre devient de moins en moins épisodique. “Mais individuellement, un jeune reste une jeune… Si ça ne leur fait pas plaisir., les jeunes ont besoin d’être encadrés, et ils le savent.”


Les années florissantes…

Le 6 janvier 1959, la France décrète que ses enfants devront aller à l’école au moins jusqu’à 16 ans. Une petite révolution, dans les campagnes. Dans les fermes, les jeunes sont moins disponibles ; leur motivation à rester en classe, pas forcément plus importante. Dans les années soixante, les maisons familiales vont éclore ; une réponse alternative initiée par des familles. L’effervescence est très forte dans le Grand-Ouest, et en Mayenne. Certaines maisons devront choisir plus tard entre le réseau MFR ou l’enseignement agricole privé.

En 1962, un projet de MFR naît à Simplé, dans le sud du département, puis il s’oriente vers Cossé-le-Vivien. Mais le ministère fait blocage, du fait de la proximité avec Craon (12 km). Elle atterrit donc à Saint-Berthevin. “Autour, il n’y avait alors que des champs, des bœufs qui paissaient.” A la même époque, ouvrent les MFR de Craon (1960 et 1964), une autre est créée à Astillé (1962) qui dès 1963 ira à Cossé (activités transférées en 1976 à Moulay, aux portes de Mayenne). Dans le nord, ouvre celle de Fougerolles-du-Plessis (1960), vite déménagée à Lévaré (fermée en 2002). Puis en 1961 celle d’Averton (aujourd’hui à Pré-en-Pail). L’Est n’est pas en reste : des MFR se créent à Saulges (1963-1978), Sainte-Suzanne (1964, puis à Chémeré-le-Roi), Thorcé-Viviers-en-Charnie (1966, rejoindra La Pignerie, l’une des MFR de Laval, en 1968). En 1963, la MFR “des cadres” ouvre à Chémeré-le-Roi ; ses activités seront déplacées à Neuville-sur-Sarthe.


La bataille des demi-pensions

A la fin des années 90, la MFR de Saint-Berthevin met les pieds dans le plat. Les administrateurs se sont mobilisés pour que l’internat devienne facultatif. “Ils menaçaient de quitter la fédération (départementale), se rappelle Claude Gaboriaud, qui en était le directeur. Ils nous avaient mis comme une bombe dans les mains.” L’internat obligatoire reste alors un des principes fondateurs des maisons familiales. Une des explications peut-être, vient d’un ancien élève de MFR, qui deviendra bien plus tard, président de la fédération: “A mon époque (années 60), on effectuait les stages chez nos parents”. Emmenée par son directeur de l’époque, Antoine Touré, la MFR pose la question: “L’idée était des se demander si notre priorité était de porter l’alternance ou de défendre une éducation par l’Internat”, commente Gilbert Gobé. La demi-pension a gagné. C’était sans doute l’une des premières de France - “Certaines se cachaient sans doute du national, pour n’avoir qu’un ou deux demi-pensionnaires...” laisse-t-il penser. Antoine Touré, un directeur “pas vraiment cartésien, mais qui avait toujours des idées”.

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Catégories : formation hors champ

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