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France - 15-03-2013

Le plan méthanisation dans les tuyaux

Un plan “ énergie, méthanisation autonomie azote “ est en cours de préparation au ministère de l’Agriculture. Il est au carrefour du plan de soutien à l’élevage, de la future loi d’avenir pour l’agriculture, du “ projet agro-écologique “ et du plan biogaz que doit concocter le ministère de l’Ecologie.

La méthanisation dans le secteur agricole émerge discrètement en France. Elle présente pourtant un potentiel important. Mais de nombreuses questions restent en suspens, en particulier l’opportunité économique que représentent réellement ces installations dans le secteur agricole, et le statut des digestats – les résidus du procédé de méthanisation.

L’urgence est politique. Annoncé par Stéphane Le Foll lors de la journée Produisons autrement, en décembre 2012, comme l’un des six plans constitutifs du “ projet agro-écologique pour la France “, un plan “ énergie, méthanisation, autonomie azote “ est en cours de préparation. Baptisé EMAA par ses proches, ce plan devrait être présenté d’ici à la fin mars. Surtout, il fait aussi partie du plan de soutien à l’élevage, comme le suggérait François Hollande lors de sa visite au Salon de l’agriculture, le 23 février. La présentation par Stéphane Le Foll en conseil des ministres du “ plan de relance exceptionnel pour l’élevage “ l’a confirmé.


Volet méthanisation, volet azote

Le plan “ énergie méthanisation azote “, qui a été l’objet de discussions en coulisses au cours de ce salon, comprendra un volet sur la méthanisation et un volet sur l’azote. Le volet méthanisation est destiné à “ encourager la méthanisation à la ferme, qu’elle soit collective ou individuelle, plutôt qu’industrielle “, note une source proche du dossier. Il s’agira aussi de voir comment le cadre actuel – réglementaire, tarifaire, administratif – peut être optimisé. Un second volet important portera sur l’azote, notamment sur les moyens d’inciter à remplacer l’azote minéral, que les éleveurs achètent pour fertiliser leurs cultures, par de l’azote organique fertilisant, notamment celui qui est contenu dans le digestat, résidu du procédé de méthanisation. À la clé : davantage d’autonomie, et a priori, des économies.


Normer ou ne pas normer, telle est la question

Les digestats, justement, sont une des grandes questions que pose le plan EMAA. Une question aussi technique que cruciale. Mais les services qui travaillent sur ce plan n’ont pas tenu à préciser si le projet allait trancher sur ce point. Aujourd’hui, en effet, le digestat, qui a un statut de déchet peut-être épandu sur les terres agricoles, dans le respect des règles des plans d’épandage. Il a en effet des vertus fertilisantes, en particulier parce que “ l’azote qu’il contient est plus facilement assimilable par les plantes que celui contenu dans les lisiers ou fumiers “, explique Julien Thual, de l’Ademe. Mais en tant que déchet, le digestat ne peut être mis sur le marché. Un marché pourtant réel, certaines zones céréalières étant très demandeuses d’engrais alors que d’autres sont considérées comme “ excédentaires en azote “ et se voient obligées d ‘exporter cet “ engrais “. Une parade existe : certains projets de méthanisation prévoient un compostage des digestats, le compost étant un produit normé. Cela implique une étape de plus pour l’agriculteur méthaniseur. Un récent rapport des CGAAER et CGEDD, concluant que le statut de déchet des digestats est l’un des freins actuels au développement de la méthanisation, soulignait l’intérêt de réfléchir à l’homologation et à terme à la normalisation de ces résidus. Ces deux procédures faciliteraient l’exportation de digestats, dont la composition serait donc plus encadrée, depuis les zones excédentaires et assureraient un prix à ces déchets, devenus juridiquement des “ produits “. Une possible valeur ajoutée pour les agriculteurs.


Un intérêt agronomique à préciser

Pour autant, l’idée d’obtenir une norme pour les digestats ne fait pas l’unanimité. Pour la FNSEA et l’APCA, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, il y a une question juridique : “ Lorsqu’une matière a un statut de déchet, c’est le producteur du déchet qui en est responsable. Mais s’il s’agit d’un produit, c’est l’utilisateur qui l’est “, explique Philippe Touchais, spécialiste énergie à l’APCA. Autrement dit, si les digestats devenaient des produits, et si leur usage sur les sols s’avérait, un jour, polluant ou problématique, ce sont les agriculteurs qui en seraient jugés responsables. Les leçons tirées de l’épandage des boues de station d’épuration, à leurs débuts, ont laissé des traces dans les esprits. Le rapport des CGAAER et CGEDD souligne d’ailleurs : “ L’innocuité de ces matières est un point essentiel à démontrer pour progresser dans la règlementation sanitaire. “ En outre, il conviendrait de préciser les valeurs fertilisantes des digestats, argumente l’APCA, notamment ses avantages par rapport à l’épandage d’un lisier ou d’un fumier non méthanisé. “ On a encore besoin de références, poursuit Philippe Touchais. Or, il y a des projets industriels qui vont très vite “. En effet, la méthanisation n’est pas l’apanage du monde agricole, elle est aussi réalisée par des stations de traitement de déchets industrielles ou d’eau usées urbaines, voire par des unités de traitement des ordures ménagères. Enfin, “ la démarche d’homologation, qui repose sur des principes de stabilité et de standardisation, sera-t-elle compatible avec la problématique des digestats issus de l’agriculture dont les intrants sont multiples et soumis à variations ? “, s’interroge le baromètre des énergies renouvelables électrique en France publié en février par Obser’ER. “ La tâche s’annonce longue et ardue “, conclut-il.


La méthanisation décolle en agriculture

L’enjeu en vaut-il la chandelle ? Bien qu’il soit encore très restreint, en France, “ dans le secteur agricole, le parc est en développement “, constate Julien Thual, de l’Ademe. On y distingue les unités de méthanisation dites “ à la ferme “, gérées en autonomie par un agriculteur, d’une puissance généralement inférieure à 500 MWélectriques (MWe) et alimentés essentiellement par des déchets agricoles, et des unités dites centralisées, (puissance supérieure à 500 MWe), qui sont alimentées par des déchets variés récoltés sur le territoire. Ces unités centralisées sont tantôt des projets menés par des agriculteurs regroupés, tantôt portés par des collectivités locales. Fin 2012, la France comptait 88 unités à la ferme et 15 unités centralisées en fonctionnement, pour des puissances installées de 15 MWe pour les premières et de 17 MWe pour les secondes. Selon l’association Aile, la méthanisation à la ferme en 2011 représentait une puissance électrique installée de 5,2 MWe. À titre de comparaison, la France représente une puissance électrique installée de 170 MWe, tous secteurs producteurs de biogaz confondus. En 2012, 96 projets agricole ont fait l’objet d’une demande d’aide auprès de l’Ademe, alors qu’on en comptait 66 en 2011, 25 par an en 2009 et 2010 et une dizaine en 2008.


Selon le baromètre Obsev’ER, “ c’est dans le secteur agricole et territorial que la méthanisation offre aujourd’hui le plus de perspectives “.


Une idée “ séduisante “

L’Ademe et l’APCA partagent cet enthousiasme. Les chambres d’agriculture avancent pour le biogaz agricole un “ potentiel considérable “ de 1,18 million de tonnes équivalent pétrole (Mtep). Pour comparaison, la “ ferme France “ consomme 11 Mtep, soit 4% de l’énergie consommée par la France. Le rapport des CGAAER et CGEDD la qualifie de “ séduisante “. De fait, la méthanisation en agriculture présente plusieurs intérêts, détaille Julien Thual : “ Pour l’agriculteur, elle permet de gérer des déjections animales, elle présente une possibilité de diversifier l’activité et les sources de revenus. Sur le plan environnemental, la méthanisation permet de réduire l’émission de gaz à effet de serre par rapport à un simple stockage des fumiers et lisiers “. Cette réduction, l’Institut de l’élevage l’a chiffrée : elle atteint 6% pour l’élevage laitier. La méthanisation offre la possibilité de produire une énergie de source renouvelable, donc “ de retrouver une certaine autonomie sur l’exploitation “, par ailleurs, une partie de l’azote minéral peut être remplacée par l’épandage de digestat. Enfin, “  l’intérêt est aussi territorial “, note Julien Thual : elle constitue un service rendu à la société, puisque des déchets non-agricoles peuvent avantageusement être ajoutés dans le méthaniseur, qu’il s’agisse de déchets organiques industriels ou issus des espaces verts des collectivités. La méthanisation crée des emplois, souligne Patrick Dabert, directeur de recherche à Irstea, l’institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, ex-Cemagref. “ Une étude de l’Atee, Association technique énergie environnement estime qu’un méthaniseur requiert au moins ½ ETP (équivalent temps plein) de travail “.

La France vise l’objectif de produire 36,3 Mtep à partir de ressources renouvelables en 2020. En 2011, l’Hexagone en produisait 20,6 Mtep. La voie semble donc ouverte. Mais pour que la méthanisation dans le secteur agricole puisse s’y inscrire réellement, certains freins restent à lever, en particulier sur le plan économique. L’enjeu du plan méthanisation sera donc de dépasser ces problèmes et de poser un cadre qui, à la fois, favorisera un développement des unités à la ferme en harmonie avec le reste des opérateurs et des projets des territoires, améliorera réellement l’autonomie des exploitations agricoles en énergie et en fertilisant, et dégagera une rentabilité satisfaisante pour eux.

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Catégories : Energie Environnement

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