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Mayenne - 10-01-2014 - Frédéric Gérard

Continuer à se souvenir soixante-dix ans après

HORS CHAMP / Histoire

Le Memorial des Déportés de la Mayenne a ouvert ses portes le 3  mai 2012. Le fruit d’un travail acharné pour “le devoir de mémoire”. Pour le 70e anniversaire du débarquement et du début de la Libération, il lance un appel aux témoignages.

La muséographie a été confiée à l’artiste Séverine Raulet qui a voulu une ambiance “de souvenir des faits, mais pas trop sombre”.

La muséographie a été confiée à l’artiste Séverine Raulet qui a voulu une ambiance “de souvenir des faits, mais pas trop sombre”.


"Tous les matins, nous buvons notre quart de bouillon avec les odeurs de fours crématoires qui fonctionnent sans arrêt. […] La soupe du matin est faite à partir d’épluchures de pommes de terre [...] Après un deuxième bombardement [du camp], les autoclaves ont été remplis au cinquième de terre et de cailloux. Ordre est donné de ne pas les vider avant de servir la soupe.” Lors de sa détention, de février 1943 à avril 1945, Arsène Doumeau a couché le quotidien des camps de déportés sur un cahier d’écolier. Un temps, il a pu aussi envoyer régulièrement des courriers à ses parents, qu’il signait parfois du nom de Ulysse. Son effroyable odyssée, il la commença à Mayenne. Il n’avait pas 25 ans.


“Pour revenir, il fallait de la chance”


Le jeune instituteur est arrêté sur dénonciation avec Georges Guilloux et François Soulabail. Le plus grand fait d’armes de ces trois amis est d’avoir intercepté au centre de tri des courriers destinés à la Feldgendarmerie et de les avoir jetés. Or, c’est bien “pour des broutilles” telles que le refus de serrer une main, avoir trinqué à la Russe, avoir traité de “salaud” un ancien légionnaire revêtu d’un uniforme allemand… que le trio est emmené au Mans, à Compiègne puis en Autriche, au camp de concentration de Mauthausen. 


Au bout de quelques mois, Arsène Doumeau se trouve séparé de ses amis, se sentant alors sombrer dans la déprime. En novembre 1943, il transite par Buchenwald, deux jours pendant lesquels “aucun coup de matraque ne fut donné” : il s’en étonne. Puis, il est transféré à Dora, au centre géographique de l’actuelle Allemagne. Un camp où “être malade n’est pas permis” : “Les SS l’ont dit, rien que des bien portants ou des morts.” Affecté à des travaux durs et dégradants, le jeune homme aurait pu ne jamais pouvoir rentrer chez lui. Pour revenir des camps, “il fallait beaucoup de chance”, souligne un autre déporté mayennais, l’ancien conseiller général Marcel Le Roy (1). Arsène Doumeau en a eu, en risquant de se faire amputer à cause de la gangrène. Un médecin tchèque se contenta de lui prélever les chairs infectées. Il se voit ensuite chargé d’un travail plus reposant, “au chaud et à l’abri”. A partir de mai 1944, le poste de Buchbinder (relieur, pour les officiers allemands) lui a offert “la chance de pouvoir revenir”.


Les blessures cachées


Cette terrible histoire, sa fille, Jocelyne, aurait pourtant pu ne jamais l’entendre. “Mon père ne parlait pas de ces choses en famille. Il voulait que cela reste en dehors de sa vie. J’ai dû attendre mes 17 ans pour savoir, en assistant à une de ses conférences.” A son retour, à la Libération, l’enseignant met rapidement son horrible expérience au profit de l’instruction. Tout en divisant les deux facettes de sa vie. “J’ai pu lire son cahier à l’adolescence, confie sa fille. J’ai toujours eu l’impression que le père qui a écrit ce cahier n’est pas le père que j’avais à la maison.”


La famille Doumeau reste malgré tout empreinte de la volonté de transmission du père. Jocelyne Doumeau préside l’association mayennaise pour le mémorial de la déportation, depuis sa création, en 1997. Elle a été l’un des moteurs pour que soit créé le Mémorial des déportés de la Mayenne, qui s’est ouvert à Mayenne, en mai 2012.


"C'est un devoir de mémoire"


Durant seize ans, la petite association (une quinzaine de membres actifs) a recueilli des témoignages de déportés Mayennais. Un travail de fourmis, qui a demandé du temps. Autant pour réaliser les enregistrements, que pour convaincre les rescapés de raconter l’enfer qu’ils avaient vécu. “Pour les premiers, être fille de déportée m’a aidée à lever des barrières. Un des premiers à avoir raconté ouvertement son histoire, Marcel Le Roy, ne l’a fait que vers 1982. Tous ont été assez tardifs à le faire. Pour eux, les gens ne pouvaient pas comprendre ce qui s’était passé dans les camps. Certains ne voulaient même pas l’entendre. J’ai mis dix ans à convaincre l’une des personnes que nous avons enregistrées de témoigner. Quand il s’est finalement exprimé, comme tous, il a pleuré, mais comme tous, à la fin, il a dit merci. Tous voulaient que la société se souvienne. Que tout le monde puisse entendre ce qu’ils avaient enduré.” Les premiers DVD seront bientôt diffusés dans le musée. 


Au-delà du témoignage historique, “c’est un devoir de mémoire”, insiste Jocelyne Doumeau. “Notre travail appelle à rester vigilant, encore aujourd’hui, contre la montée de l’extrême-droite, par exemple.”

Par bouche à oreille, certains enfants de déportés entrent en contact avec le Mémorial, “pour connaître l’histoire d’un parent”. Certaines familles ont perdu tous les membres déportés. Au total, 525 Mayennais ont été envoyés dans les camps de concentration ou d’extermination. A peine plus de 200 en sont revenus.


Frédéric Gérard



Appel à temoins

Le Mémorial des Déportés de la Mayenne a ouvert ses portes en mai 2012. Pour le 70e anniversaire du débarquement et du début de la Libération, en 2014, il lance un appel aux témoignages. “Pas seulement aux anciens déportés, mais aussi à leur famille, aux anciens résistants, et à toute personne qui peut parler de cette époque”.

Contact : Elodie Mahot (guide animatrice) 23 rue Ambroise de Loré, 53 100 Mayenne - apmd53@yahoo.fr - 02 43 08 87 35


Rendez-vous 2014

Le Mémorial a par ailleurs reçu l’homologation officielle pour les commémorations historiques. Et propose plusieurs rendez-vous, cette année.

Le 17 janvier, à l’Eglise Saint-Martin de Mayenne, chorale Les Passantes (chansons à texte comme Göttigen de Barbara ou gospel).

Mi-juin, randonnée de la mémoire, à travers la ville de Mayenne. Ainsi qu’une exposition, jusqu’à mi-août, dans l’espace “vigilance” du musée.

Les mercredis et samedis matin, des ateliers pédagogiques seront proposés aux enfants.


Pour en savoir plus

www.memorial-des-deportes-mayenne.fr


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